Detail du livre : GARDIENNES DE VIES
A paraître Paraîtra en 2026

GARDIENNES DE VIES
DES FEMMES EN RESISTANCE CIVILE AUTOUR DU CHAMBON-SUR-LIGNON

CINDY BIESSE

176 pages - 40 illustrations - Format : 148 X 210 - 0.00 €
PARUTION MAI 2026
 
Couverture du livre : GARDIENNES DE VIES
Cet ouvrage à travers des témoignages, des archives, des photographies, entend mettre en lumière la trajectoire de ces « gardiennes de vies ». Ces femmes, qui ont été, malgré leur modestie, des « héroïnes » du quotidien.
« Ceux parmi nous qui reçurent les premiers juifs firent ce que nous pensions devoir faire ». Ces quelques mots de Magda Trocmé pourraient être ceux de Simone, ou Madeleine, de Marguerite, ou Mireille, de Léonie, d’Eva, de Solange et de tant d’autres.
Elles ont nourri, soigné, choyé, convoyé des hommes, des femmes, des vieillards, des enfants, que l’Occupant et le régime de Vichy vouaient à l’extermination. Le Plateau et le Chambon-sur-Lignon, qui les a pour la plupart elles-mêmes accueillies avant-guerre, a servi de cadre structurant à leur action résistante.
Comprendre comment le Plateau a pu constituer un cadre privilégié de cette résistance féminine. Comprendre surtout comment, par-delà les figures connues des pasteurs Trocmé et Theis ou de Marc Boegner, ces femmes ont su donner vie, sens et longévité au refuge de la Montagne.
N°ISBN : 9782911584930
L'édition luxe n'est plus disponible

-EXTRAIT-
 
Consacrer un ouvrage à l’histoire des femmes du Plateau m’est apparu comme une véritable gageure. Elles ont été en effet peu nombreuses à faire état après-guerre du rôle qu’elles ont joué dans l’accueil et le sauvetage d’adultes ou d’enfants persécutés, puis condamnés tant par l’Occupant que par le régime de Vichy. Leur silence, couplé à leur modestie, laisse l’historien sans sources pour retracer leur parcours. Leur présence est insignifiante dans les sources dites classiques, si ce n’est par leur nom parfois mentionné et le plus souvent accolé à celui de leur époux. Aucune reconnaissance, aucun dossier de résistance (à quelques exceptions près) permettant d’obtenir des données biographiques. Leur donner vie, leur apporter la lumière qu’elles méritent, a nécessité d’avoir recours à des sources orales, des témoignages de proches, de descendants, d’enfants cachés. Ces mères de substitution, ces convoyeuses d’un jour, ces directrices de pension, ont au moins laissé une trace, celle du souvenir, chez ceux qu’elles ont pu secourir.
Riche de ces apports et de la lecture de nombreux ouvrages consacrés au Plateau, riche des rencontres que la rédaction de ce travail m’a permis, j’ai tenté de donner un visage, une chaire, à ces femmes restées trop longtemps dans l’ombre. Ces gardiennes de vie forment un groupe partageant plusieurs traits communs. Elles sont, pour la majorité, protestantes mais si cette confession leur a permis d’accéder à certains cercles de sociabilité, elles n’en ont pas fait pour autant l’unique motif de leur action. Elles sont, pour beaucoup, comme le souligne également Patrick Cabanel dans l’introduction de son ouvrage consacré à Dora Rivière, « seules » : des jeunes femmes non encore mariées, des veuves ou divorcées, des femmes séparées de leur époux par le cours de l’histoire. Mais certaines s’engagent alors même qu’elles sont mères de jeunes enfants voire de nourrissons, faisant primer leur action résistante sur le temps consacré à leur propre famille. Toutes sont mues par le dictamen de leur conscience : aider, aider une famille, des enfants, à conserver quelques revenus, à trouver un abri, à demeurer scolarisés, à recevoir un repas chaud ou des vivres, à maintenir un lien social détruit par les autorités ; bien plus, sauver, garder la vie sauve d’êtres condamnés par leur seule naissance.
Et pour ce faire, désobéir, transgresser les règles sociales traditionnelles qui les cantonnent à la sphère privée. Puisque Vichy entend les cantonner à leur rôle de femmes au foyer, puisque Vichy considère que tout ce qui éloigne la femme de la maternité est contre-nature, immoral, fatal à la patrie, alors autant que le foyer devienne le nouveau front de leur résistance, un pôle solide au sein duquel, par l’exercice des tâches matérielles à laquelle la société les prédispose, nait une résistance du quotidien faite d’une multitude de petits gestes. En résistant ainsi, elles ne transgressent pas seulement les lois en vigueur mais aussi les lois tacites de ce que « doit » être une femme. Là est peut-être leur engagement objectivement « hors normes », que cet ouvrage entend saluer.
Mais pourquoi le Plateau ? Il me fallait là aussi comprendre pourquoi ces personnes, pour la plupart étrangères à la région, s’étaient toutes retrouvées à un moment de leur vie sur cette terre isolée, sur ce haut lieu du protestantisme. Là résidait d’ailleurs peut-être la réponse à ce premier mystère. Plus encore, en quoi ce Plateau avait-il pu, par ses particularités (religieuses, économiques, sociologiques) les conduire à épouser cette forme particulière de résistance ? C’est là tout l’objet de cette enquête…

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